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View Full Version : Faut-il avoir honte de Napoléon?


Felix the Cat
12-04-2005, 10:05 AM
Austerlitz : Villepin «assume toute l'histoire de notre pays» (http://www.lefigaro.fr/politique/20051202.FIG0168.html?222218)

FAUT-IL avoir honte de Napoléon? La France a célébré de façon discrète, hier, le bicentenaire de la bataille d'Austerlitz, marqué par une polémique inédite. Un Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais et plusieurs associations de Français d'outre-mer ont appelé à manifester aujourd'hui à Paris contre les commémorations organisées par les pouvoirs publics.

Ces protestataires estiment en effet qu'on ne peut honorer la mémoire d'un homme qui a rétabli l'esclavage dans les colonies françaises en 1802. Leur porte-parole, Patrick Karam, qualifie même le bicentenaire de la bataille d'Austerlitz de «cas d'école du révisionnisme historique». Quelques élus d'outre-mer, comme Victorin Lurel, président du conseil général de Guadeloupe et député apparenté socialiste, partagent ces analyses. Un historien, Claude Ribbe, membre de la Commission nationale consultative des droits de l'homme, soutient lui aussi ces associations et compare Napoléon à Hitler. L'universitaire juge en effet l'Empereur des Français coupable de «l'extermination industrielle d'un peuple» et d'«une législation raciale qui annonce les lois de Nuremberg».

Amalgames

Plusieurs historiens ont cependant récusé avec force ces amalgames. «Voilà deux siècles et demi du passé français qui basculent dans la poubelle de Clio, écrivait avant-hier dans nos colonnes Emmanuel Leroy Ladurie. Et que restera-t-il de Jules Ferry, pourtant bon pédagogue?» Max Gallo s'est élevé pour sa part contre «une conception pénitentielle de la mémoire» (nos éditions du 3 novembre).

Conséquence ou coïncidence, les commémorations officielles de la victoire la plus fameuse de Napoléon frappent en tout cas par leur modestie. Une cérémonie militaire, suivie d'un spectacle son et lumière, devait se dérouler vendredi soir à Paris, place Vendôme, devant la colonne Vendôme réalisée avec les canons pris aux Autrichiens et aux Russes à Austerlitz. Ni le président de la République, Jacques Chirac – qui se trouve à Bamako pour un sommet franco-africain –, ni le premier ministre, Dominique de Villepin, en déplacement à Amiens, n'y ont assisté.

Le ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, représente pour sa part le gouvernement français à la cérémonie internationale qui se déroule sur le site de la bataille, en République tchèque.

«Un travail nécessaire»

Interrogé par la presse sur la discrétion des pouvoirs publics, Dominique de Villepin a répondu qu'il «assumait toute l'histoire de notre pays. Je crois que nous sommes riches de toutes les épreuves de notre pays, de la capacité que nous avons eue à les surmonter, a poursuivi le chef du gouvernement. Il est très important de savoir regarder son histoire en face. C'est un travail qui est nécessaire, c'est celui du citoyen et, au premier chef, des historiens», a conclu l'hôte de Matignon, qui a consacré un ouvrage aux Cent jours de Napoléon.

Le profil bas du gouvernement a suscité les protestations de certains députés UMP. Jean-Jacques Guillet s'est étonné de ce «manque d'enthousiasme. Le député des Hauts-de-Seine estime que la France commémore plus volontiers ses défaites que ses victoires. «Notre réserve contraste avec la commémoration de la bataille de Trafalgar par les Britanniques, argumente Jean-Jacques Guillet: la France avait alors trouvé tout naturel d'y participer en envoyant le porte-avions Charles-de-Gaulle, fleuron de sa flotte.» Professeur d'histoire d'origine, Lionnel Luca (Alpes-Maritimes) estime «ridicule de juger le passé à l'aune des valeurs du présent. L'anachronisme est une erreur grossière en histoire. Pourquoi les Français seraient-ils condamnés à s'autoflageller en permanence?»